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Le design au cinéma

La récente réouverture des cinémas après de longs mois d’attente est pour nous l’occasion de nous plonger dans le 7e art et de décrypter les décors des films qui nous permettent de tout temps de nous évader et de nous inspirer !

Dans les films de Jacques Tati, Jacques Deray, Pedro Almodovar ou Stanley Kubrick, et plus récemment Martin Scorsese les décors, le mobilier et les objets tiennent un rôle de premier plan. Retour sur une sélection de films qui ont mis en scène des pièces de mobilier cultes.

 

Au printemps 1958 sort en salles « Mon oncle » de Jacques Tati. On découvre à l’écran un décor moderniste avec une maison cube et du mobilier design, terrain de jeu de la famille Arpel. La villa Arpel, qui a tout d’une maison moderniste de Le Corbusier (sans le toit terrasse) est en réalité un décor monté par Jacques Tati, réalisateur, et Jacques Lagrange, peintre et scénariste du film, dans les Studios de la Victorine à côté de Nice. Dans le décor de la villa Arpel, on peut y reconnaitre des fauteuils Scoubidou de Guariche, Michel Mortier et Joseph-André Motte, des luminaires de Serge Mouille et de Guariche, des céramiques de Pol Chambost. Le reste du mobilier de la villa Arpel fut dessiné par Jacques Tati et Jacques Lagrange.

mon oncle Jacques TatiFauteuils Scoubidou « coquetier », Pierre Guariche, Joseph-André Motte et Michel Mortier. Edité par Steiner, 1955

 

mon oncle jacques tati :Canapé vert, Jacques Tati et Jacques Lagrange, édité par Domeau & Pérès.
« Mon oncle », Jacques Tati, 1958

 

Entre nouvelle vague et culture pop, les années 60 vont mettre à l’honneur un ciné-design mis en scène dans des comédies, films de science fiction ou encore films d’espionnage. Les pièces de design de l’époque, par leurs formes innovantes, en rondeur, collent parfaitement à l’idée que le public se fait d’une existence « moderne », avec ses gadgets et ses intérieurs équipés. C’est le cas des chaises Tulip de Saarinen et Diamond de Bertoia, les fauteuils Bulle d’Eero Aarnio et Cygne de Jacobsen, les Mushroom de Pierre Paulin ou encore les Culbuto de Marc Held.
En témoigne par exemple « Oscar » d’Edouard Molinaro (1967) où Claude Gensac mariée encore une fois à un Louis de Funès incarnant un riche industriel, vit dans un intérieur ultra moderne signifiant son statut social. Conçu en 1967 par Georges Wakhevitch et Jean Forestier, le décor d’Oscar est une mine de design contemporain avec notamment les Mushrooms de Pierre Paulin. Deux ans plus tard sera tourné par le même réalisateur « Hibernatus », décoré par François de Lamothe avec des meubles de Joe Colombo dont sa création emblématique, le fauteuil Elda (nommé en hommage à sa femme).

oscar louis de funesFauteuils Mushrooms, Pierre Paulin. Edité par Artifort, 1960
« Oscar », Edouard Molinaro, 1967

 

hibernatus_joe_colomboFauteuil Elda, Joe Colombo, Edité par Comfort-F.LLi Longhi, 1963
« Hibernatus », Edouard Molinaro, 1969

 

En 1968, Stanley Kubrick dévoile au public son film « 2001 : l’odyssée de l’espace » dans lequel apparaissent des pièces de design devenues aujourd’hui mythiques. Stanley Kubrick puise dans les créations du moment afin d’imaginer le futur sous un angle artistique réaliste.
Le plateau du film réunissait 35 décorateurs qui ont soumis leur sélection de mobilier au co-scénariste Arthur C. Clarke, grand amateur de design. On peut y reconnaitre la collection « Tulip » d’Eero Saarinen pour Knoll, l’Action Office de George Nelson édité par Hermann Miller derrière lequel se tient l’hôtesse d’accueil  ou encore les chaises Djinn devenues cultes du designer Olivier Mourgue qui habillent le lounge de la station spatiale. Ces assises rouges aux formes organiques et ondulantes, dessinées trois ans auparavant, vont devenir aussi culte que le film dans lequel elles apparaissent.

2001 odyssée de l'espace chise jinn olivier mourgueChaises Djinn, Olivier Mourgue (1964-1965) et tables Tulip, Eero Saarinen pour Knoll (1955-1956)
« 2001 : l’odyssée de l’espace », Stanley Kubrick, 1968

 

Le design s’invite également dans les polar : on retrouve des pièces de design dans « La piscine » de Jacques Deray (1969) dont le casting en fait déjà un film culte : Romy Schneider, Alain Delon, Maurice Ronet et Jane Birkin . Dans ce huit-clos qui se déroule dans une villa dans les hauteurs de Saint-Tropez, le décor tient une place primordiale et met en scène, autour de la piscine, du mobilier de designers : un transat signé Roger Tallon dans lequel on peut voir Jane Birkin lire ou encore le salon de jardin Locus Solus jaune de Gae Aulenti.

la piscine jardin Locus Solus jaune de Gae AulentiSalon Locus Solus de Gae Aulenti, 1964

 

la piscine jacques deray transat roger tallonLit « Module 400 » Roger Tallon, 1965

« La piscine », Jacques Deray, 1969

 

En 1996, c’est dans « surviving Picasso » de James Ivory, film retraçant l’histoire fusionnelle entre Pablo Picasso et Françoise Gilot, de 1944 à 1953, que l’on voit de nombreuses apparitions de pièces de design d’après-guerre comme les chaises Standard  de Jean Prouvé ou des luminaires de Serge Mouille.

surviving picasso _ chaise jean prouvéChaise Standard, Jean Prouvé, 1934
« Surviving Picasso », James Ivory, 1996

 

Plus de 10 ans après, sort sur nos écrans « A single Man » de  Tom Ford (2009), qui aura valu à Colin Firth une nomination aux Oscars (meilleur acteur). Tom Ford choisi une villa de John Lautner (1911-1994), la Schaffer House, construite en 1949, comme mémoire de la tragédie vécue par George le personnage principal. John Lautner, élève de l’immense Frank Lloyd Wright dont il héritera des idéaux architecturaux, construit la Shaffer House, entièrement en séquoia et en verre, autour d’un chêne centenaire  en plein cœur de la montagne près de Los Angeles. Dans « A single Man », Tom Ford, qui s’est entouré d’expert en mobilier, meuble la villa avec des créations des années 60 : chaises Standard de Jean Prouvé ou encore luminaires de Serge Mouille.

schaffer house a single manLampe de bureau tripode, Serge Mouille, 1954

 

schaffer house a single man« A single Man » de  Tom Ford, 2009

 

Tous ces exemples montrent que ce mobilier et ces objets donnent de la crédibilité au scénario dans lequel le personnage évolue, et peut parfois devenir un élément essentiel à part entière de l’intrigue. Nous ne pouvons citer toutes les références tant la liste est longue mais le design a également meublé les intérieurs de filles légères comme dans Le Pacha de Georges Lautner (1967) ou dans Le Casse d’Henri Verneuil (1971) ; « Tanguy » d’Étienne Chatillez (2001) illustre l’utilisation du design comme marqueur d’aisance sociale tandis que dans « American Psycho » de Mary Harron (2000), l’esthétique minimaliste du fauteuil ottoman « Barcelona » de Mies Van Der Rohe contribue à l’atmosphère anxiogène du film. Tous ces film vus par le grand public ont contribué à la connaissance du mobilier contemporain et du design industriel et fait évolué le regard de tous.